vendredi 4 mars 2016

LA GRANVILLAISE.

Type :  bisquine.

  


   Gréement :  Mâts en bois ; mât de misaine incliné en avant,  grand mât très incliné sur l'arrière , ces 2 mâts étant composés de 2 parties. Voiles au tiers sur les trois mâts (misaine sur le mât avant, taillevent sur le mât du milieu, appelé plutôt mât de taillevent que grand-mât) ; 2 huniers  (appelés riquiquis) sur ces 2 mâts. Le mât arrière est appelé tape-cul et nom mât d'artimon comme sur les grands voiliers. Au-dessus de la voile de tape-cul, il est possible d'établir un seul hunier. Son écoute passe sur une queue de malet fixe (que les Cancalais appellent "flèche en cul") et non sur un gui orientable. Foc et foc ballon, pouvant encore être appelé bonnette et ressemblant aux spis asymétriques modernes. Les huniers et le foc ballon, sur les bisquines d'autrefois, n'étaient utilisés qu'en régate. Une voilure aussi divisée est facile à réduire pour équilibre le bateau.
Mâts souples, non haubanés, pouvant être soutenus par des bastaques sur le bord au vent. Le risque de rupture n'est pas négligeable si le bateau est surtoilé ou si les vagues sont trop brutales.


Matériaux : coque, pont et espars en bois.

Date et lieu de lancement : 1990 à Granville (Manche)
Autres noms : Aucun, mais la bisquine ayant servi de modèle s'appelait La Rose-Marie.
Utilisation initiale : voilier de croisière et de sorties à la journée (réplique)
La Rose-Marie tait un bateau de pêche : chalut à perche, drague à huîtres, palangres (lignes de fond).
Dernière nationalité connue : Française.
Dernier port d'attache connu : Granville.
Dernière utilisation connue : Voilier de croisière et de promenade

Signification du nom : La Granvillaise. c'est la Dame de Granville, l'emblème naviguant du port, évidemment. Une chanson ancienne (de 1845) est consacrée aux jeunes filles de Granville ; l'équipage de la bisquine a repris le refrain, chanté par toutes les personnes présentes à bord lors des passages au ras des quais :
Ah ah ah ah,  ah ah ah ah !
C'est la Granvillaise, la fleur de la falaise
Ah ah ah ah,  ah ah ah ah !
C'est la Granvillaise !
      Le mot bisquine dériverait de Biscayenne, c'est à dire bateau originaire de Biscaye (province du pays Basque, dont la capitale est Bilbao). Les Basques, qui pêchaient dans le golfe de Biscaye (que nous appelons plutôt golfe de Gascogne, en français), avaient en effet de grandes chaloupes gréées au tiers (voir Brokoa, par exemple) ; elles ont peut-être inspiré les pêcheurs de la baie du Mont-saint-Michel. Mais il existe aussi types d'autres bateaux à  trois mâts et voiles au tiers, comme les lougres (voir Corentin), ou les luggers cornouaillais.

Longueur hors-tout : 32,3 m
Longueur de la coque : 18,28  m
Longueur à la flottaison : 15,1 m
Largeur maximale :  4,8 m
Tirant d'eau maximal :  2,75 m
Tirant d'air :  m
Déplacement : 55 t .
Surface maxi de voilure : 340 m².


   État : Complètement refaite en 2008 ; régulièrement entretenu.

   Avant : Étrave convexe, faiblement inclinée. Long bout-dehors  horizontal. Inscription G90 sur chaque bord (on trouve cette inscription sur la grand-voile ; G pour Granvillaise, et 90 pour l'année de mise en service).


   Arrière : Voûte + tableau élancés. Le tableau porte le nom du bateau et le nom de son port d'attache.
 
   Coque : Blanche, liston vert avant la reconstruction de 2008, bleu et vert depuis. lisse de pavois verte avant, bleue depuis 2010.
   Superstructures : panneaux de pont et descentes, à peine visibles quand le bateau est de profil.
       La Granvilaise est la réplique d'une bisquine, type de bateaux répandus dans la deuxième partie du dix-neuvième siècle et au début du vingtième siècle dans la baie du Mont-Saint-Michel, tant du côté breton (Cancale) que du côté normand (Granville).  Apparues  vers 1810, devenant vraiment nombreuses en 1843, elles ont connu leur apogée vers 1900  (près de 300 bateaux, entre Cancale et Granville).
     C'étaient à l'époque les bateaux de travail les plus toilés, et seuls quelques grands yachts étaient capables de les dépasser par petit temps ou par temps moyen. Ils portaient des voiles au tiers, les plus grandes ayant existé. Au-dessus des voiles au tiers, les bisquines portaient un ou 2 huniers, différents de ceux des grands voiliers par le fait que leur vergue est suspendue par un point situé au tiers de leur longueur (comme pour les voiles au tiers principales) ; alors que, sur les grands voiliers, les vergues sont suspendues par leur milieu.
       Les bisquines, grâce à la puissance de leur voilure, donc leur pouvoir de traction,  étaient surtout utilisés pour le chalutage. Durant une courte période, au printemps, les bisquines formaient des "caravanes" pour draguer les huîtres sur les bancs, de 6h du matin à 18 h. (principe qui rappelle les conditions actuelles de la pêche à la coquille Saint-Jacques, encore plus réglementée). Les huîtres sauvages ainsi pêchées étaient ensuite élevées par les ostréiculteurs de Cancale. Une caravane plus impressionnante que les autres a regroupé toutes les bisquines un jour de Pâques durant la première guerre mondiale et a inspiré un roman de Roger Vercel. Les équipages étaient de fins régatiers, qui essayaient  de ramener leurs huîtres avant les autres. Ils  aimaient disputer des courses les jours de fête :Les régates de Cancale  créées en 1845, sont parmi les plus anciennes connues..
       A partir de 1930, l'intérêt pour les bisquines a diminué peu à peu, au profit des bateaux à vapeur puis à moteur. A la veille de la deuxième guerre mondiale, elles avaient complètement disparu et on ne pouvait plus les voir que sur de belles photos ou peintures (celles de Marin Marie, notamment).
       C'est dans les années 1980 que ces photos et les souvenirs de quelques anciens, ainsi que le retour d'un intérêt pour les "vieux gréements" (les "old gaffers", comme on disait du côté des îles britanniques a fait germer, du côté de Cancale une idée : il faut reconstruire une bisquine ! Une association créée en 1984 décidait cette reconstruction ; celle-ci a été décidée à partir d'un plan,  relevé en 1958  par Jean le Bot, sur l'épave de  "La Perle"  (grande bisquine lancée en 1905) et publié dans un livre de 1979. Construite entre 1985 et 1987 à Cancale sous la direction du célèbre constructeur malouin Raymond Labbé,  La Cancalaise a d'emblée soulevé l'enthousiasme des adhérents de l'association et des amateurs de voiliers traditionnels. Elle a aussi suscité chez les Granvillais l'envie de lui construire une sœur qui pourrait régater avec la bisquine bretonne. Ce fut chose faite grâce à l'association des vieux gréements granvillais (AVGG) : en 1988, il était décidé de construire une bisquine qui serait appelée La Granvillaise, d'après les plans, trouvés à la bibliothèque municipale de Granville, de la Rose-Marie. Malgré quelques différences entre les 2 plans, les 2 bateaux se ressemblent beaucoup.
          La Granvillaise participe à de nombreux rassemblements de voiliers anciens : Brest, Douarnenez, semaine du Golfe, départs de courses au large, etc... Elle navigue souvent en compagnie de La Cancalaise. Depuis cette année 2012, elle effectue des manœuvres aussi hardies que la bisquine noire. Très rapide aux allures portantes et par le travers, la bisquine est néanmoins moins à l'aise par forte brise au près. Elle peut embarquer 29 personnes (dont 3 marins professionnels) en balade de la journée, et 12 personnes en croisière. Il s'agit de balade active pour les passagers, car il faut des bras pour hisser des voiles aussi importantes.
        En 2009, lors de l'entretien annuel, l'association a subi un coup dur : la mérule, champignon destructeur de bois avait attaqué la structure de la belle bisquine blanche : il fallait la reconstruire en remplaçant des pièces importantes de la charpente ! Des subventions, notamment de la région basse-Normandie, du département de la Manche et de la ville de Granville, des dons et beaucoup d'heures de travail ont permis de remettre en état la coque. Après une saison ratée,  La Granvillaise a repris ses navigations en 2010 et était présente, par exemple, aux fêtes de Douarnenez en compagnie de sa rivale et amie bretonne. Elle était, bien sûr, présente aux tonnerres de Brest et à temps fête de Douarnenez, en juillet 2012. Nous avons eu la chance de pouvoir embarquer à son bord pour une (trop !) courte balade en baie de Douarnenez. Merci à l'équipage, notamment à Géraldine Baffour, la dynamique patronne de la bisquine en 2012 : On en redemande ! Aujourd'hui, Géraldine est partie vers d'autres horizons et assure l'instruction des stagiaires dans la mâture et sur le pont du Belem. L'association granvillaise est désormais brouillée avec celle de Cancale : la régate 2015 a été annulée dès le départ de la première manche, et il parait qu'il n'y en aura plus. On n'ose pas y croire....En tous cas, les 2 bisquines vont à nouveau participer aux fêtes de Brest 2016.


           

1 commentaire:

  1. Une belle page d'informations sur notre belles bisquine normande

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